Chapitre 4

Toutes mes confuses pour ce chapitre tardif. A ma décharge, depuis la publication du chapitre 3, j’ai eu le temps de trouver un appart’ et de passer quelques semaines sur le canapé d’un ami. Ça occupe, m’voyez.

Accessoirement, j’ai un peu changé la déco, tu vois que tu n’es pas venu pour rien.

J’avais promis à @Oryzaem de lui pondre un chapitre pour Nowel, c’est fortement raté. Enfin, bonne lecture, et merci d’avance pour tes retours :]

*****

La cafétéria de l’université disposait d’un espace assez grand compte tenu de sa fréquentation journalière. Elle offrait la possibilité de s’installer à une table ou sur une banquette à l’écart. A cette heure-ci, il n’y avait plus personne attablé, et Navel s’en sentit grandement soulagé. Il n’avait pas besoin d’arguments supplémentaires en sa défaveur. D’un pas assuré, il se dirigea vers le comptoir et commanda un café, avant de se retourner légèrement vers Alison en demandant un cappuccino. Elle acquiesça d’un hochement de tête.

Accoudée au comptoir, elle appréciait le calme qui s’installait lentement au creux de ses entrailles. Le coup de panique était passé et remplacé peu à peu par une sensation plus chaleureuse. Maintenant qu’elle se sentait mieux, le calme de l’université martelée par la pluie lui semblait apaisant. Mieux, la réalité semblait s’être un peu éloignée du reste du monde, lui offrant un moment de répit appréciable. Brusquement, ce n’était plus l’étrange prof et l’étudiante mal à l’aise, mais deux personnes égales. Suivant son prof, et tentant d’ignorer au mieux le regard inquisiteur de la serveuse derrière le comptoir, Alison se glissa sur une banquette. Mr Navel lui tendit son cappuccino et commença à sucrer son café.

D’aussi près, Alison pouvait voir sa barbe naissante, clairement négligée, et repensa à ce que lui avait dit Lola. C’est que de la gueule.

Elle se recala dans son siège en tentant de ne pas observer son interlocuteur de trop près.

« Dure reprise, pas vrai ? » lança Navel, très détendu.

Malgré la nonchalance de son ton, il guettait la réaction d’Alison. Il n’avait pas manqué de remarquer son air un peu perdu et affolé quand il l’avait abordée dans le hall. Et hier, quand elle lui était rentré dedans, elle avait tremblé… Il avait rarement vu cette lueur farouche d’animal traqué dans les yeux de quelqu’un. Il n’avait pas pu la laisser là toute seule, alors que son intention première avait simplement été de la saluer.

Il avait parlé à voix basse, ce qui ne lui arrivait pas souvent, et Alison l’imita instinctivement, prenant un peu plus conscience du calme des lieux. Elle hésita un court instant, intriguée par l’air attentif qui contredisait l’inflexion détachée, et opta pour la voie de l’innocence.

« Oui, assez, dit-elle en se reposant sur le dossier de la banquette.

- J’ai entendu dire que le doyen vous avait épicé son discours de la terreur annuel…

- Son discours de la terreur ? »

Alison commença à sourire. L’image d’une poignée de professeurs, assemblés dans l’ombre pour mettre au point une stratégie martiale pour l’année à venir, passa furtivement devant ses yeux.

« Du moins c’est comme ça qu’il l’appelle. Cette année, il est arrivée dans la salle des profs et il a déclaré « cette année, ils vont voir ce qu’ils vont voir ! ». »

Un rire les secoua. Ça cadrait bien avec l’image burlesque que tout le monde avait du doyen. C’était un homme énergique qui compensait sa taille diminuée – d’aucuns auraient dit qu’il était verticalement désavantagé – par un charisme redoutable et une capacité assez troublante à faire taire d’un regard – à quelques exceptions près. Il était arrivé à la pré rentrée avec un air empressé, et avait déclamé son discours sans note, pendant une demi-heure. Son air menaçant et convaincu avait suffisamment inquiété pour que le silence eût été quasi total dans l’amphi.

Au comptoir, la serveuse s’était lassée de les observer – sans discrétion aucune, du reste -, probablement déçue de voir qu’il ne se passait rien d’extravagant.

« D’où vous est venue l’idée de faire du droit ? reprit Navel.

- De ma mère. »

Alison sourit aussitôt. Ce n’était pas tout à fait vrai. Navel sourit instinctivement en retour.

« Disons qu’elle a toujours protesté contre ceux qui hum, faisaient comme ils l’entendaient et s’en tiraient à bon compte. Elle a dû me passer le virus, j’imagine. »

Alison était discrète, mais certainement pas timide ou complexée, et en répondant, elle avait regardé son interlocuteur droit dans les yeux, sans défiance. La fierté qu’elle ressentait pour sa mère – personnage droit et fort qui n’avait jamais semblé flancher – s’accompagnait d’une pointe de chagrin mal contrôlé. Elle avait légèrement éludé.

Elle se permit d’ajouter :

« Et vous ? »

Navel laissa un demi-sourire tordre ses lèvres avant de le contenir, comme par réflexe. Il était toujours visiblement amusé mais pas moqueur ni amer. Derrière la façade impertinente, on distinguait un peu mieux l’homme passionné et sympathique. Tout d’un coup il paraissait plus mature, plus âgé. Alison observait ces changements en silence, secrètement fascinée par la transformation.

« Personne dans mon entourage ne s’attendait à ce que j’en fasse une carrière… J’ai fait comme tous les gamins bacheliers de mon âge : j’ai pris un cursus au hasard, un qui agaçait mon père, et j’ai foncé. Il se trouve que ça m’a beaucoup plu. »

En observant ses traits se contracter brièvement à l’évocation de son père, Alison crut entrevoir le jeune homme qu’il avait dû être à l’époque. Foncièrement dérangé par l’autorité, désireux de briser le carcan qui l’étreignait. Brillant, drôle, apprécié de ses camarades.

Séduisant, ajouta-t-elle involontairement.

Elle se racla la gorge et se redressa sur son siège. Poussé par la curiosité, elle demanda :

« Vraiment ? Pourtant ce n’est pas une carrière honteuse…

- Oh non bien sûr, rétorqua Navel, son petit sourire cachant son amertume. Mais vous comprenez, mon père est un homme d’action, la bureaucratie l’horripile beaucoup. C’est comme ça qu’il perçoit mon travail d’avocat, il pense que je me cache derrière un bureau à défendre ceux qui ne le méritent pas forcément, pendant que lui fait une réelle différence sur le terrain. »

La discussion continua et le temps passa sans qu’Alison ne le remarque – ou ne s’en préoccupe. Dans un laps de temps qui lui sembla à la fois court et éternel, ils avaient évoqué les virages qu’avait pris la carrière de Navel, puis les ambitions d’Alison, et survolé des sujets plus personnels tels que la famille d’Alison ou le dégoût de Navel pour tout ce qui touchait aux arnaques du système. Une sorte d’hébétement saisit la jeune femme quand elle regarda sa montre et constata qu’ils avaient passé plus d’une heure à discuter. La seconde suivante eut le goût d’un étrange retour à la réalité depuis un sommeil interrompu trop tôt. Elle se redressa, s’aperçut que ses muscles étaient raides. Navel parut revenir à lui-même également, et composa un sourire qui ne manquait toutefois pas de sincérité.

« Vous devriez peut-être courir attraper votre bus. »

La phrase heurta ses oreilles d’une façon qu’elle ne comprit pas tout de suite. Avaient-ils commencé à se tutoyer pendant un moment ?

Elle approuva d’un hochement de tête et sourit à son tour. D’une main tremblante, elle mit son manteau, effleura le paquet plastifié qu’elle ne manquerait pas d’ouvrir un peu plus tard et ajusta son écharpe.

« Vous devriez arrêter de fumer, vous savez », lâcha Navel, comme s’il l’avait lu dans ses pensées.

Il se baffa mentalement. Il l’avait carrément scrutée. Alison lui jeta un bref coup d’œil vaguement surpris, et hocha la tête. Navel se leva lentement et ils se dirigèrent vers la sortie.

Le cœur d’Alison battait plus fort qu’il n’aurait dû.

Dehors, il avait arrêté de pleuvoir, et on apercevait une faible éclaircie.

Fictions à venir

Bonjour à toutes et tous !

Figurez-vous qu’en ce moment, je suis en pleine ébullition à l’intérieur de moi-même. Ça ne se voit pas forcément, mais mes personnages sont longuement réfléchis – raison pour laquelle, par exemple, la version d’Étincelle que vous lisez n’est rien de moins que la troisième – et les trames sont pensées en fonction de ces personnages. D’ailleurs, à force de creuser les personnalités, le scénar a tendance à en pâtir. Accessoirement, ça nuit au naturel de la chose, et de fait, à la rapidité de production…

Mais, au moins, je peux publier quelque chose qui me plaît et qui me paraît être de qualité. Néanmoins, n’oubliez pas que vous pouvez donner votre avis – quand je dis avis, j’entends « constructif », pas « c’est de la merde » – que je lirai avec plaisir. Au passage, je vous signale – ou rappelle – que vous avez la possibilité de vous inscrire à la newsletter du site, en renseignant simplement votre adresse mail dans le menu que vous voyez sur la droite – c’est un champ texte sous le titre accrocheur « newsletter », immanquable. Bien entendu, votre email ira dans ma base et nulle part ailleurs, même si on me propose beaucoup d’argent. Pensez juste à vérifier votre boîte à spam, parfois ça se perd ces petites bêtes-là.

Sinon.

Point de vues fictions, les plus attentifs auront pu remarquer que c’est Étincelle qui a ma préférence pour le moment. Oui, c’est une histoire gnan-gnan, mettons que ce soit mon côté fille qui s’exprime – c’est pas si souvent -, néanmoins il s’agit d’une histoire qui traîne depuis longtemps dans ma tête. Pour l’instant, elle me plaît telle quelle,  et si vous avez remarqué, il y a un côté un peu de suspense qui se profile en plus de l’aspect fleur bleue/mélodrame. Un chouette cocktail, selon moi.

Dans les projets à venir, j’aimerais bien vous livrer une version ultra complète nickel chrome du background de Chymes, mon perso sur Dofus. Un background, pour rappel, est l’histoire d’un personnage – fictif, le plus souvent. C’est la base de la base du role play, que je pratique à outrance. Pour info, la Chymes a 307 ans bien sonnés – presque 308 dis donc – donc ça promet plein plein de contenu. Cela dit c’est pas pour tout de suite parce que justement, vu la quantité, ça fait beaucoup de choses à décider.

Et puis sinon j’aimerais me lancer un peu plus loin dans la fantasy. Fragments – VRAIMENT il faut que je trouve un titre à ce truc – est déjà dans cette lancée, mais on a pu voir que ça ne se passe pas totalement dans notre monde, et j’ai justement envie d’explorer un peu plus cet aspect-là – le côté « fantastique dans le monde réel ». Le tout sera de ne pas tomber dans du déjà vu, en somme.

En conclusion, tout plein de projets et d’envie par ici. N’hésitez pas à faire tourner :)

Chapitre 3

Après une longue lutte contre moi-même, je publie enfin ce maudit chapitre. Maudit parce que ça va bouger, mais ça bouge pas encore tout à fait. Pour être honnête je navigue à l’aveugle avec cette histoire, tant elle a subi de modifications. Cette version est, j’espère, la dernière. N’hésite pas à me dire ce que tu en penses, que je sache si j’ai réussi mon coup ou foiré sur toute la ligne. Merci :)

Et, je m’en rends compte seulement maintenant mais, il est super long en fait oO

*****

« Bon, si tout le monde traîne on ne va jamais arriver hein ! »

Alison sentit le poids de trois paires d’yeux posés sur elle. Elle ferma les yeux en fronçant les sourcils, et inspira à fond, le plus calmement possible. Il semblait qu’elle se soit figée sur place. Quand elle rouvrit les yeux et regarda furtivement autour d’elle, il n’y avait aucune trace de lui.

Il n’était peut-être pas vraiment… là.

« Bon bah alors ? » s’impatienta Cassie.

Alison se remit en marche comme un automate en accrochant un sourire raide sur ses lèvres. Ses doigts mal assurés attrapèrent son paquet de cigarettes dans sa poche arrière. Elle l’ouvrit avec maladresse et porta la cigarette à ses lèvres. Elle dut s’y reprendre à trois fois pour l’allumer. Concentrée comme elle l’était sur l’extrémité du bâtonnet, elle ne remarqua pas l’ombre dressée devant elle et marcha droit dedans. Une ribambelle de feuilles s’envola.

« Eh ! » protesta-t-on en se retournant d’un bond.

Alison arrondit les yeux en reconnaissant Mr Navel, qui la regardait d’un air mécontent. Elle n’avait pas eu le temps de se reculer, et dans son élan pour se retourner, le professeur s’était retrouvé nez à nez avec son élève. Un étrange courant se répandit le long des bras de la jeune femme, trouvant leur origine à l’endroit où leurs doigts se touchaient. Pendant un moment, il sembla que ses muscles étaient paralysés.

Il ne se passa qu’une seconde mais l’incapacité de sortir un son audible allongea considérablement sa notion de cette seconde. Elle se pencha sans un mot pour rattraper les papiers éparpillés. Mr Navel s’empressa de l’imiter.

« Désolée, m’sieur, articula-t-elle finalement.

- Il va falloir regarder devant vous à l’avenir. »

Il y avait peut-être une once de taquinerie dans sa voix mais elle ne pouvait pas être sûre. En tout cas, elle ne vit pas Cassie la regarder bouche bée.

Le dernier papier retrouva sa place en haut de la pile et Mr Navel retrouva cet air assuré qui agaçait tant ses pairs.

« Eh bien bonne journée à vous. » lança-t-il à la ronde en s’éloignant à grandes enjambées.

Étrangement, la collision avec Mr Navel avait aidé ses idées à se remettre en place. Elle ne put empêcher, cependant, son regard d’errer quelques brefs instants dans la direction qu’avait prise son prof.

La seconde suivante, elle aperçut brièvement l’expression figée de Cassie qui la regardait. Mal à l’aise et agacée contre elle-même, Alison préféra tenter de reprendre contenance et soutenir son regard.

*****

Le bar était plutôt bien rempli quand ils poussèrent la porte. Majoritairement on voyait des étudiants – quoi de plus normal quand un bar est placé face à une université de jeunes gens assoiffés – et aussi quelques adultes qui se mêlaient relativement peu à la marmaille ambiante. Là, près de la sortie, comme si elles s’étaient placées là de façon stratégique en cas d’urgence, étaient assises quatre lycéennes qui arboraient l’air figé de l’intruse qui se demande si elle ne devrait pas filer dans la minute qui suit. En comparaison, l’aise évidente des nouveaux arrivants pouvaient passer pour du dédain.

Cassie choisit une table relativement éloignée du bar et de l’allée centrale et indiqua son choix en bifurquant d’un air décidé. Valerian, complaisant, se chargea de héler un des barmen et passer commande pour eux tous. Quand il les rejoint à la table avec la moitié de leur commande, aidé par une serveuse et se glissa à côté de Lola, elle lui coula un regard à côté duquel Allison n’aurait pas pu passer même en faisant exprès. Elle eut un petit sourire.

« Oh, il m’a soulé ! s’exclama bruyamment Gaël en tapant du plat de la main sur la table.

- Attends de voir la semaine prochaine et là on aura une raison de se plaindre », rétorqua Antoine d’un air sombre.

Cassie se pencha pour manifester son intérêt – et son décolleté – et fut doublée par Valerian.

« C’est le vieux pouilleux qui te fait cet effet-là ?

- Qui ça ? »

Antoine jeta un regard d’irritation contenue à Lola.

« Notre prof de droit civil. Il a genre cent quatre piges et il s’est mis en tête qu’un devoir noté par semaine c’était le minimum syndical.

- Il avait l’air de penser que ce serait pas assez, limite, ajouta Gaël avec un ricanement.

- Et bien sûr ça compte pour le contrôle continu.

- Les vacances d’été lui ont pas fait du bien à lui… »

Antoine sirota sa bière d’un air dépité. Le moral des troupes chuta de quelques mètres.

L’année était capitale pour tous, et la pression de la fin de la licence se faisait bien sentir. L’Américaine en avait dit peu de choses – « c’est la dernière ligne droite pour vous, votre dernière chance de vous planter » – avant d’enchaîner sur autre chose, et leur prof du matin avait préféré faire son cours directement. Néanmoins, le doyen de l’université y avait consacré les trois quarts de son discours, et les emplois du temps s’étaient considérablement alourdis, proportionnellement à leur travail personnel. Une grande majorité visaient le Master ensuite, et entendaient bien y passer les nuits blanches nécessaires pour y parvenir. Néanmoins, Alison comptait bien garder la tête hors de l’eau.

« En tout cas, j’ai hâte d’avoir Navel, lança d’un coup Valerian, suscitant un intérêt immédiat chez Cassie. Il paraît qu’il est vachement bizarre comme prof, mais dans le bon sens. Tout les élèves n’en disent que du bien, et l’administration que du mal. Je crois qu’ils lui trouvent un côté un peu trop Rock’n'Roll.

- Il paraît qu’il a failli se faire virer pour s’être battu avec un étudiant l’année dernière. Bon, ajouta Gaël précipitamment en voyant tout le monde arrondir les yeux, le type lui avait mis une droite aussi.

- C’était pour une étudiante qu’ils appréciaient particulièrement tous les deux, glissa Cassie d’un air satisfait. Mais la rumeur a été vite démentie par Navel et l’administration. N’empêche… »

Alison jaugea l’air fasciné de Cassie avant de demander :

« Pourquoi ils le gardent s’ils ne le supportent pas ?

- Oh tu sais, les profs sont toujours en bisbille avec l’administration. »

Ce n’était une surprise pour personne que Cassie ait la réponse : c’était comme si elle avait des oreilles qui traînaient partout, toujours au bon endroit.

« Et puis, il est brillant et reconnu dans son milieu, ça apporte de la cote à leur précieuse université. Ils ne se passeront pas de lui tant qu’il n’en fera pas trop qu’à sa tête, ce qu’il sait pertinemment. C’est un peu le chat et la souris, leur histoire. »

La discussion continua bon train sur le thème des professeurs agaçants ou complètement fous, et Alison se jeta à corps perdu dans le débat pour calmer ses entrailles qui chaviraient chaque fois qu’elle pensait revoir le visage qui la hantait. Non. Il est loin. Il ne peut pas être là. Elle sentit bien assez tôt le regard de Lola, silencieusement préoccupée, et préféra l’éviter.

Au bout de ce qui sembla définitivement trop court, Alison finit par remettre les pieds sur Terre et s’apercevoir qu’il était passé 20h. Du travail l’attendait.

« Bon, on va y aller nous, la devança Lola en se levant.

- Oh oui, il est temps de bouger… » murmura Cassie d’un air absorbé.

Les garçons n’y avaient pas prêté attention, et Lola était distraite par la recherche de son portefeuille, en revanche Alison l’entendit distinctement et suivit son regard rêveur par automatisme. Voir Mr Navel entrer en soi n’était pas surprenant – on le connaissait pour sortir des sentiers battus, l’apercevoir dans un bar étudiant ne pouvait donc émouvoir personne – en revanche voir Cassie avec cet air gourmand avait quelque chose de dérangeant pour Alison. C’était comme voir une lionne s’apprêter à sauter à la gorge d’une proie qui ignorait sa fin proche. Lui-même ne l’avait pas vue, mais Cassie semblait vouloir changer la donne.

Lola se dirigeait déjà vers le comptoir pour payer ses consommations et Alison s’arracha à sa contemplation. Après tout, ils étaient tous les deux des adultes et Navel ne semblait pas se préoccuper de sa réputation plus que ça. Elle tendit sa monnaie au barman et tourna les talons pour sortir. Une lueur gentiment moqueuse scintilla brièvement dans les yeux de Navel- quand il la vit se diriger vers lui, si brièvement en fait qu’elle l’avait sûrement rêvée.  A moins qu’il ne l’ait simplement reconnue et ait voulu la saluer. Elle fit un large détour pour l’éviter.

L’air frais dehors lui donna une gifle bienvenue. L’atmosphère avait l’odeur de glace qu’apporte généralement l’hiver. Alison remplit ses poumons le plus possible, étrangement vivifiée par le calme imposé par le froid à la ville. Les jeune femmes se mirent en marche vers l’arrêt de bus.

« Qu’est-ce qu’il mettait dans son mail ? Greg, je veux dire. »

Visiblement, la question l’avait taraudée toute la journée. Alison eut un sourire qui ne trompa pas Lola, mais qu’elle conserva pour reprendre contenance. La question la désarçonnait plus qu’elle ne l’aurait voulu. Lola étant Lola, la question devait être posée.

« Des banalités. Il est dans une école d’ingénieur en électronique, il a une nouvelle copine, il espère que tout va bien pour moi.

- Oh… »

A en juger par son expression, Lola s’était probablement imaginé quelque chose de plus rocambolesque, comme des menaces ou des révélations fracassantes. C’était sûrement l’image de lui  que renvoyait Alison quand elle en parlait. Il ne s’était pas du tout montré menaçant ou inquiétant – pas avec elle. Il avait constitué son monde pendant deux ans et demi, et quand elle avait dû le repousser, quand elle avait compris qui il était vraiment, tout s’était écroulé. Les remords ne l’accablaient pas, mais la blessure restait bien là, vive et douloureuse. Le revoir – penser le revoir – l’avait pour le moins ébranlée, presque terrifiée. Mais il n’y avait aucune raison… N’est-ce pas ?

Ce n’était qu’une manifestation inconsciente. Je souffre encore, c’est normal, s’asséna-t-elle troublée.

« Ça a dû te faire un choc, reprit Lola.

- Bah… Au final c’était peu de choses. »

Le bus arrivait.

*****

« Il est vraiment canon. »

Trois têtes se levèrent avec ensemble des feuilles devant elles. Cassie, l’air rêveur, avait terminé la lecture de son texte et contemplait Mr Navel, nonchalamment appuyé sur son bureau. Pour la première fois, tous avaient l’occasion de remarquer les signes les plus évidents de sa désinvolture constante. Il portait une chemise à carreau bleus et blancs un peu froissée et dont les premiers boutons étaient défaits. Il avait également un jean délavé, et ce qui pouvait s’apparenter à des Santiags. Des lunettes de soleil trônaient sur ses cheveux châtains. Ceux-ci étaient plus longs qu’ils n’auraient dû, et libres de pointer dans la direction qui leur plaisait – notamment quelques mèches qui lui tombaient sur les yeux et qu’il repoussait régulièrement. Son air détendu, et même parfois moqueur, apportait la touche finale. Il faisait pencher son attitude, qui aurait pu paraître négligée, du côté cool et charmant. Au moins aux yeux de Cassie.

« On a pris un verre ensemble hier, confia-t-elle avec un petit sourire.

- Nooon, s’exclama Lola, mi-surprise mi-admirative. Il a accepté ?

- Oui. Je lui ai dit que j’avais des questions à lui poser sur son cours et… »

Valérian lâcha un sifflement admiratif, l’interrompant. Instantanément, toutes les têtes se tournèrent lui. Navel leva un sourcil dans leur direction, et Cassie en profita pour se redresser et lui sourire. Valérian se tassa un peu sur sa chaise et marmonna une excuse.

« Mr Dubreuil, l’interpella Mr Navel, qui connaissait les nom et prénom de tous ses élèves, avec un sourire. Je sens que vous avez une envie tenace de nous commenter le texte que vous venez certainement de finir. »

Valérian écarquilla les yeux  et se pencha sur son texte pour se donner un peu de temps.

« Elle est vraiment accro, regarde-la », murmura Lola tandis que l’attention de tous étaient sur Valérian.

Et en effet, Cassie semblait sous le charme. Elle s’était renversée en arrière dans sa chaise et jetait des regards dérobés à Navel, un léger sourire aux lèvres.

« Bizarre tiens, commenta Alison. D’habitude elle manigance et ensuite, elle se vante.

- Hmmm… Elle va se brûler à force de jouer avec le feu.

- Tu penses qu’elle n’a aucune chance ? Pourtant ç’a l’air d’être son style…

- Enfin, ça crève les yeux. »

Devant l’air sceptique d’Alison, Lola désigna Navel du menton. Celui-ci était passé à Cassie et la jolie brune parlait à présent avec une voix claire et assurée en énonçant son analyse aussi pointue que d’habitude.

« C’est que de la gueule, si tu m’excuses l’expression, reprit Lola. Plus on lui en met sur le dos, plus il en fait. Je suis certaine que cette histoire de liaison avec une étudiante n’a aucun fondement, ça va juste tellement bien avec le personnage qu’on essaie de lui attribuer… Il a démenti, et c’est normal, mais du coup ça alimente les rumeurs, et ça donne de l’eau au moulin de Cassie.

- Vu comme ça… »

Dehors, la pluie s’était mise à tomber avec force, produisant un son assourdissant lorsqu’elles s’écrasaient contre la tôle des toits et les vitres des salles de TD. Alison regarda le ciel gris sombre d’un air morne, en pensant au trajet qui l’attendait.

« Oh non… Dire que je devais aller chez le coiffeur…

- Ah ça craint, l’entraînement va être annulé par ce temps ! s’exclama Gaël à voix basse.

- Entraînement de quoi ? s’étonna Lola.

- Je t’ai pas dit ? On se met au rugby cette année, l’informa Valérian. Enfin, peut-être pas aujourd’hui… »

Pour une fois, la fin du cours arriva trop vite. La plupart des étudiants, distraits par la pluie, regardaient le ciel d’un air morose. La fin de journée se faisait sentir. Bientôt, Mr Navel annonça la fin du cours et les étudiants entreprirent de se traîner mollement dans le couloir. Cassie ralentit significativement sa progression hors de la salle avec un regard calculateur scrutant Mr Navel, avant de se rendre compte qu’il n’allait manifestement pas partir tout de suite. En effet, il s’était assis à son bureau et avait commencé la lecture d’un tas de polycopiés. Valérian eut un sourire amusé en la suivant dehors.

« Bon bah notre bus est là, on y va nous », lui annonça Lola d’un air contrit.

Effectivement, l’imposant véhicule avait tourné au bout de la rue pour desservir l’arrêt juste en face de la fac. Alison sentit un lourd poids lui tomber au fond de l’estomac. Son moral avec du mal à remonter ces temps-ci. Tandis que ses camarades s’éloignaient en courant sous la pluie, elle s’appuya sur l’un des piliers du hall et regarda la pluie tomber avec une expression de rancune. Son bus passait une demi-heure plus tard, inutile de se précipiter sous la pluie…

Son regard dériva sur la cour déjà désertée, les bancs trempés, les arbres qui prenaient déjà leur parure automnale, l’endroit où elle avait cru apercevoir Greg, la veille. Un frisson la parcourut, intense, charriant toutes ses peurs avec lui. Un sentiment de solitude absolue, et de profonde angoisse, la saisit l’espace d’un instant. Greg avait-il montré son vrai visage, celui qu’elle avait fui avant qu’il ne se révèle ? Allait-il lui faire du mal ? Ou peut-être n’avait-il pas compris ? Mais alors…

Non, arrête… Tu sais qu’il n’était pas là, il est loin, toujours aussi loin…

« Ah, je pensais que tout le monde était déjà parti. »

La voix masculine, surgie hors de son champ de vision, la fit bondir et lui arracha un léger cri. Elle se retourna brusquement et se trouva nez-à-nez avec Mr Navel qui la regardait de haut. Elle prit furtivement conscience de sa grande taille, de sa silhouette protectrice… Ses doigts soudain glacés se serrèrent légèrement autour de ses bras. En cet instant, elle désirait ardemment la compagnie d’un autre être humain. Il souriait de cet air à la fois chaleureux et malicieux qu’ils lui connaissaient tous, avec peut-être un peu plus de gentillesse que d’habitude. Comme si, après les cours, à la fin du spectacle, le masque pouvait tomber sereinement.

Il sembla prendre conscience de la réaction qu’il avait suscité. Son visage prit un air concerné, mais elle le prit de vitesse. Reprenant contenance rapidement, elle sourit un peu et lança :

« Non non, j’attends mon bus.

- Oh je vois. Le mien passe tard également. »

Il se mordit la lèvre, confusément conscient de la maladresse, ou du malaise, qui le prenait tout à coup.

« Si vous avez du temps, nous pourrions prendre un café. »

Les mots avaient été plus rapides que sa pensée. Il réalisa seulement après qu’ils soient tous sortis de ce qu’il venait de dire et se gifla mentalement. Mais, à sa grande surprise, il vit Alison sourire légèrement et hocher la tête.

« Oui, d’accord, ça me va. »

Elle avait tenté de maîtriser l’empressement dans sa voix, et de respirer pour se calmer.

Mr Navel se dirigea vers la porte à double battant et s’écarta pour la laisser passer.

Chapitre 1

Voici donc le premier chapitre de ma version du livre Le secret du vampire, de L. J. Smith. J’ai écrit ce chapitre sans prétention aucune, juste pour le plaisir de faire éclore une bonne idée – celle de l’auteur – à la manière qui me convient. J’ai changé la personnalité de Poppy (ici devenue Arwen), ou alors je lui en ai donné une, question de point de vue, de la manière qui m’arrangeait le mieux pour la suite.

Rien de très original dans ce premier chapitre, juste du plantage de décor. Allez, j’arrête de blablater, tu n’es pas venu pour ça. Bonne lecture !

*****

C’était le premier jour des vacances. C’était aussi le jour où Arwen apprit qu’elle allait mourir.

Elle s’éveilla crispée par la douleur, comme tous les matins depuis plus d’un mois. Au début, elle avait paniqué, la douleur était plus intense que tout ce qu’elle avait connu. Maintenant, c’était devenu une habitude, se réveiller, respirer un grand coup et gérer la situation avec calme. La sensation que ses entrailles se déchiraient ne s’apaisait pas vraiment, mais avec du self-control, ça devenait supportable. Le mélodrame de la martyr n’était pas spécialement son truc, mais sa mère avait une telle tendance à tout dramatiser… De toute façon, elle refusait d’être malade pendant les vacances. La pensée positive accomplirait bien ce petit miracle pour elle.

Quand cela se fit plus tolérable, elle put se redresser et inspirer avec insouciance l’air estival qui filtrait par la fenêtre, entre ses rideaux. Elle se sentait légère et pensa, pas d’école. C’était fini et bien fini, à présent son esprit pouvait être tranquille et se reposer. Les rayons de lumière qui passaient au travers des rideaux autour de son lit donnaient à ceux-ci un reflet doré. Elle les écarta et un coup d’œil sur le radio-réveil sur sa table de nuit lui indiqua dix heures trente. Une heure raisonnable pour se traîner en bas et engloutir un solide petit déj’. Un léger sourire flottait sur ses lèvres tandis qu’elle sortait de sa chambre en enfilant une fine robe de chambre par-dessus sa chemise de nuit. Elle avait le pas un peu raide lorsqu’elle descendit les escaliers de la maison familiale, et elle dut se forcer à laisser son bras pendre le long de son flanc plutôt sur que replié sur elle-même, comme si elle craignait que ses tripes allaient lui échapper pour de bon.

Dès son entrée, Phil, son frère jumeau, se tourna vers elle, avec l’expression sérieuse qui le caractérisait. Il la détailla rapidement du regard et sa bouche se tordit en une moue désapprobatrice. Il semblait craindre qu’elle sorte dans cette tenue et se dirige tout droit vers les endroits les plus douteux à proximité. A sa décharge, la carrure de sa jumelle poussait à l’inquiétude. Elle mesurait à peine un mètre soixante-cinq et sa musculature n’avait vraiment rien d’impressionnant. Ses grands yeux verts, la seule chose en commun qu’elle avait avec Phil, exprimaient généralement un mélange de candeur, gentillesse et malice. Elle avait ses humeurs,  néanmoins c’était comme si elle ne se laissait pas vraiment atteindre par la méchanceté ou la tristesse.

Les conflits fraternels, néanmoins, ne se laissaient pas arrêter par si peu.

« Eh mais, ce sont mes céréales que tu manges ! »

Entre ses mains se trouvait le L. A. Times, qu’il lisait chaque matin. Il lui jeta un regard par-dessus le journal et répondit d’un ton égal :

« J’avais besoin d’énergie, je vais faire du sport ce matin avec Jake. »

Arwen fit la moue. Difficile de ne pas être désarçonnée par les réponses toujours logiques de son jumeau. A son contraire, il avait réussi sa dernière année d lycée à El Camino High autant d’un point de vue scolaire que sportif, sans se forcer. En fait, il aimait ça, le travail, apprendre, la compétition sportive… De plus, il était scandaleusement charmant, alors qu’elle-même se trouvait fade. Il y avait là une sorte de farce de la Nature, qui avait décidé qu’en plus de lui donner une carrure ridicule, elle serait un pâle reflet de son frère.

« Mouais, ronchonna-t-elle. Enfin t’aurais pu demander quand même. »

Elle repoussa ses boucles dorées indisciplinées de son visage et se dirigea vers le placard au-dessus de l’évier. Elle dut se tenir sur la pointe des pieds pour l’ouvrir.

« Où sont Cliff et maman ? reprit-elle en attrapant ses céréales.

- Cliff est déjà parti travailler, maman prend sa douche, et tu ferais bien de t’habiller si tu ne veux pas qu’elle s’occupe de ton cas, rétorqua-t-il sans quitter l’article qu’il lisait des yeux.

- Hm-hm… »

Elle attrapa un bol dans la foulée et fit un tour sur elle-même avant de prendre une cuiller. Selon elle, la chemise de nuit était suffisamment longue pour couvrir la majorité de son corps gracile, et donc suffisamment décente. Phil marmonna quelque chose sur le thème « tu n’imagines pas les réactions que tu peux provoquer parfois… ». Et non, Arwen n’imaginait pas. Parce que tant que la personne dont elle espérait une réaction n’en donnait pas une… Un léger frétillement agita la commissure de ses lèvres, sans troubler son expression sereine.

Le bol toucha à peine la table de la cuisine que la sonnette retentit. Les yeux d’Arwen s’allumèrent.

« Entrez ! » claironna-t-elle en se levant précipitamment.

On ne l’avait pas attendu. Pour James Rasmussen, la sonnette de la porte d’entrée de la maison de sa meilleure amie n’était qu’une formalité. Avec un sourire ravageur qu’il ne pouvait apparemment plus retenir, il salua Arwen qui arrivait à sa rencontre en sautillant.

Comme toujours en le regardant, un pincement la saisit. Elle l’avait vu pratiquement tous les jours depuis dix ans, il n’empêchait que sa première réaction en le voyant le matin était toujours la même. Un mélange de douceur et de brûlure au creux de sa poitrine, comme si on y plantait une petite aiguille chauffée à blanc, accompagnée d’un flottement du côté de son ventre. Ce n’était pas juste son visage – pourtant magnifique – ou son impressionnante solidité. Il avait des cheveux châtain soyeux, un visage subtile et intelligent, et un regard gris qui était alternativement intense et calme. C’était probablement le garçon le plus beau d’El Camino, mais ce n’était pas ça, ce n’était pas à cela qu’Arwen réagissait. C’était quelque chose en lui, quelque chose de mystérieux et d’impérieux, toujours tout juste hors de sa portée. Cela faisait battre son cœur plus vite, et sa peau picoter.

Phil n’éprouvait pas le même sentiment à son égard. Peut-être qu’il poussait le côté fraternel sur-protecteur un peu trop loin en lui jetant un regard sombre à chaque fois qu’il le voyait. Ce fut encore le cas quand il passa le seuil de la porte de la cuisine à la suite d’Arwen. Il se raidit soudainement, et son expression devint froide. Une inimitié électrique fusa entre les deux jeunes hommes. James l’ignora dans un premier temps, néanmoins un léger sourire narquois dansa un instant sur ses lèvres, comme s’il était amusé par la réaction de Phil.

« Salut, lança Phil d’une voix sans chaleur.

- Salut. »

James jeta un regard moqueur à la tenue de la jeune fille puis au bol de céréales puis à l’horloge.

« J’arrive un peu tôt on dirait, taquina-t-il, apparemment inconscient de l’attitude de Phil.

- Non pas du tout », s’exclama Arwen joyeusement.

Phil replia le journal avec une légère brusquerie. Sa sœur avait espéré qu’en ne lui accordant aucune attention, il se déciderait à se taire, malheureusement il n’en fut rien.

« Où sont Michaela et Jacklyn ? lâcha-t-il en regardant James bien en face.

- Oh, je ne sais pas vraiment, répondit James d’un ton tranquille après un court instant de réflexion.

- Bien sûr… »

Phil n’ajouta rien de plus, mais le sous-entendu était aussi évident que s’il l’avait formulé à voix haute : « C’est vrai que tu largues toujours les filles avant les vacances d’été. Cela te donne plus de marge de manœuvre ».

James ne le regardait pas. Il aurait affronté Phil sans problème si Arwen n’avait pas été dans la pièce et s’il n’avait pas été clair sur son visage que l’affrontement lui déplaisait profondément. Il ne put retenir un clin d’œil moqueur, cela dit.

La peine de voir les deux hommes qu’elle préférait le plus au monde se détester n’était rien en comparaison de la joie légère qui l’avait prise en entendant James répondre, cependant. Adieu Michaela, adieu Jacklyn ! Plus d’élégantes et interminables jambes ni d’incroyables poitrines gonflées comme des montgolfières ! L’été s’annonçait fabuleux. Beaucoup de gens pensaient que la relation entre James et Arwen était platonique mais il n’en était rien, pas pour elle en tout cas. Elle n’était pas de ces amoureuses transies de désespoir, prêtes à tout tenter – sauf la manœuvre la plus directe – pour que l’objet de leur désir les remarque. Pourtant, elle n’ignorait pas ce qu’elle éprouvait quand James était là signifiait : cette légèreté, l’impression de ne pouvoir être atteinte, l’envie d’être unique, la joie sans borne quand ces yeux insolents se posaient sur elle. Comme la douleur qui la tiraillait, elle avait appris à vivre avec, parce que ces sentiments étaient inextricablement liés à son être depuis toujours. Et du moment qu’il restait auprès d’elle, elle avait ce qu’il lui fallait.

« C’est un nouveau CD ? » lança-t-elle pour rompre la tension ambiante.

James baissa les yeux en levant la main qui tenait la boîte de plastique.

« Le dernier Ethnotechno. »

Arwen s’illumina.

« Encore des chants diphoniques mongols de Touva. J’ai hâte d’entendre ça ! On y va ? »

Mais juste à cet instant, la mère des jumeaux entra dans la cuisine, les cheveux humides. C’était une apparition, réellement : blonde, sublime, parfaitement maîtresse d’elle-même, elle évoquait irrésistiblement une héroïne d’un des films d’Alfred Hitchcock. Un sourire apparut quand elle vit James – Phil était bien le seul à ne pas l’apprécier.

« Bonjour Phil, bonjour Arwen, bonjour James.

- Bonjour m’man.

- Bonjour Madame. »

James se montrait un peu ironique dans sa politesse envers Madame Hilgarde, mais Arwen voyait ce qui se cachait derrière cette distance. Elle devait même être l’une des seules personnes à comprendre pourquoi James jalousait sa relation avec son frère et sa mère, si étouffante fût-elle…

Les parents des jumeaux avaient divorcé quelques années plus tôt. Madame Hilgarde ne l’avait jamais ne serait-ce que suggéré mais son ex-mari n’avait pas exactement la fibre parentale. Quand il avait été clair qu’il ne pourrait pas supporter ces responsabilités, il était parti de son côté poursuivre la voie du spectacle. Les jumeaux ne lui avaient pas parlé depuis quelques mois, maintenant.

« Tout le monde a petit déjeuné ici ? »

Les trois acquiescèrent d’un signe de tête. Madame Hilgarde posa un regard insistant sur sa fille, qui alla s’assoir en face de son bol.

« Alors qu’allez-vous faire pour votre premier jour de vacances ?

- Je n’en sais rien, répondit Arwen en consultant James du regard. Ecouter de la musique, se balader sur les collines, faire un tour à la plage ? »

Ce disant, elle se leva pour aller chercher du jus d’orange. James haussa les épaules.

« Comme tu veux. On a toutes les vacances devant nous. »

La remarque dessina un sourire sur le visage d’Arwen. Toutes les vacances. Trois mois entiers de chaleur, de liberté, d’errances sans fin avec James. Cela ressemblait à une éternité de béatitude.

« On pourrait aller voir les… »

Elle ne finit pas sa phrase, l’air venait de se bloquer au milieu de sa gorge. Bien qu’elle ne fût pas capable de le percevoir, ses doigts se relâchèrent autour de la bouteille de jus d’orange qu’elle venait de retirer du frigo. La douleur venait de la reprendre.

C’était si violent ; elle se plia en deux en laissant échapper un cri et perdit le sens de l’équilibre, du haut et du bas. Tout devint blanc devant ses yeux.

Night World, deuxième

J’ai récemment commencé à lire (contrainte et forcée par France Loisir) le premier livre de la série des Night World par L. J. Smith. Force est de constater qu’en matière de fantastique, France Loisir n’offre que très peu de choix, et pas de la meilleure qualité qui plus est. Ce roman offre une trame qui n’est pas des plus mauvaises, le seul problème étant que ça parle de vampires et on connaît tous l’engouement du moment pour ces créatures… Outre le fait que le livre soit clairement destiné aux pré-ados, je le trouve bâclé, il survole des passages intéressants, il tourne en rond, il traîne et se perd dans les clichés.

J’ai eu envie de le remanier, donc. Probablement frustrée d’avoir attendu un approfondissement qui ne venait pas, je l’ai renommé « l’Éveil de la nuit » et je me suis lancée. J’ai renommé l’héroïne aussi – pour le peu d’entre vous qui ont également lu le livre, je suppose que « Poppy » a dû vous faire un peu mal – au profit de « Arwen » (qui est apparemment l’équivalent elfique de « Poppy ») (je manquais d’inspiration).

Je précise bien que ce n’est pas du plagiat. En effet, selon Wikipédia :

Le plagiat consiste à s’inspirer d’un modèle que l’on omet délibérément ou par négligence de désigner.

(…)

Juridiquement, le droit d’auteur ne protège que la forme accomplie d’une œuvre, tandis que l’idée qui l’a inspirée et le style qui l’a mise en forme, ainsi que les informations elles-mêmes, restent « de libre parcours ».

Le plagiat est une forme de triche, c’est une manière abjecte de s’approprier les œuvres d’autres plus créatifs que soi. Ce n’est pas le cas ici, j’assume publiquement le fait de reprendre l’idée originale de L. J. Smith et de la tourner à ma sauce. Je ne publierai aucun passage du bouquin sans le préciser, encore moins son intégralité (en le précisant ou non). Merci donc de réserver le bûcher pour une occasion plus appropriée.

Ah, et aussi : il y aura une suite à l’histoire d’Arwen et James, cette fois.

Bientôt dans les bacs ton écran.

Chapitre 2

20 jours pour écrire un chapitre, c’est franchement mauvais comme rythme. Enfin voici la suite, bonne lecture !
Ah, et ne m’en voulez pas (trop), « Julia » ça me dérangeait comme prénom, donc c’est « Allison » maintenant.

*****

Le premier réflexe d’Alison fut d’attraper son paquet de cigarettes et en porter une à sa bouche. Ses doigts tremblaient légèrement autour du briquet. Elle fut aussitôt imitée par Cassie, qui affichait un sourire extatique. Personne n’eut besoin de lui demander pourquoi, elle s’exclama dès qu’ils furent assis sur l’herbe :

« Je vais me taper Mr Navel ! »

Silence consterné. Les trois autres se jetèrent un regard, puis la fixèrent, tentant manifestement de déterminer s’il s’agissait d’une blague. Cassie avait un air sérieux.

« Quoi, me fixez pas comme ça. Je serais pas la première, si vous voulez mon avis. Ce sera un défi intéressant… »

Alison ne put retenir un haussement de sourcil.

Lola et Valerian avaient gardé un air interloqué. Visiblement, l’humour que leur camarade trouvait dans le projet ne les avait pas encore frappés.

« Enfin c’est stupide, tu vas te faire virer et lui aura des ennuis ! s’exclama Lola.

- Mais noooon… On ne va pas s’envoyer en l’air à la vue de tout le monde enfin. Non il faut juste être un peu malin. »

Valerian n’était pas disposé à participer à la conversation. Il connaissait Cassie depuis longtemps, et plus il allait tenter de la dissuader et lui montrer que c’était impossible, plus elle s’accrocherait. Il avait perdu le goût de la contradiction au profit de celui du spectacle qu’elle allait certainement offrir. Elle avait fait une obsession de briser les interdits qui l’arrangeaient le moins, que pouvait-on y faire ? Il s’installa donc tranquillement pour la regarder cheminer dans son idée. Quelque part, si ça pouvait marcher, ce serait certainement distrayant.

Elle lui jeta un regard, clairement trop joyeuse pour s’offenser.

*****

Les étudiants retardaient leur entrée dans le bâtiment, pour la majorité d’entre eux. Ils étaient massés sur le parvis, dans le calme qui caractérise l’approche d’un moment au mieux ennuyeux.

« Tu n’as rien dit, je pensais que tu avais des remarques en stock. »

Alison haussa les épaules.

« T’es bizarre aujourd’hui… ajouta Lola d’un ton incertain.

- Ah bon, pourquoi ?

- Bah… T’es tendue, tu clopes plus que d’habitude, et tu dis pas grand-chose. »

Le regard de Lola n’était pas tourné vers elle, et elle en fut soulagée. Son amie avait un réel instinct pour cerner les gens et les situations, ce n’était pas plus mal qu’elle ne se mette pas en plus à guetter sa réaction. Alison se mordit la lèvre, sans volonté aucune de répondre – en sachant que son silence en disait plus long que des mots.

« En fait… J’ai reçu un mail de Greg hier soir.

- Ton ex ? Le… difficile ? »

- En personne.

- Oh… »

Un silence très bref s’installa.

« Je comprends. »

Alison eut un sourire. Lola comprenait souvent. Son air contrit montrait sa compassion discrète.

Cassie et Valerian étaient montés prendre un café avant le cours suivant. Alison avait retardé le moment d’en faire autant pour tenter de se détendre un peu. L’idée de se retrouver coincée dans une salle, assise à attendre une heure et demi, lui donnait presque la nausée. Il s’agissait d’un cours de droit privé comparé, et il était donné par une quarantenaire à l’allure joviale.

« Je suis pas sûre que ça serve à grand-chose d’essayer de dissuader Cassie. Elle est têtue.

- Sûr… Bon, on va peut-être monter là non ? »

Alison opina du chef et écrasa son mégot sur le sol.

Le bâtiment central de la fac de droit était principalement vitré et tout en longueur. La salle où elles allaient se trouvait à l’autre bout du bâtiment, au second étage. Avant d’atteindre la cage d’escaliers, elles durent franchirent un essaim d’étudiants de Master qui attendaient leur propre cours. Elles s’en éloignaient déjà quand une voix masculine les héla :

« Oh, Alison ! Lola ! »

Les deux jeunes filles se retournèrent, embêtées car ça allait sûrement les mettre en retard. De la masse grouillante d’étudiants émergèrent deux grands jeunes hommes, l’un blond et musclé qui leur faisait signe en souriant de toutes ses dents, et l’autre brun, l’air plus réservé, souriant avec plus de retenue. Le blond les prit toutes les deux dans ses bras, manifestement ravi.

« Salut Gaël ! dirent-elles en lui tapotant le dos.

- Alors, comment se passe ce premier jour ? s’enquit Antoine.

- Plutôt pas mal, là on a un cours de droit privé comparé.

- Avec l’américaine là ? Vous devriez y aller, elle est carrée sur les horaires, leur conseilla Gaël.

- On se retrouve après les cours ? On finit à 16 heures.

- Ouais, on ira au Calumet ! »

Elles hochèrent la tête en souriant et tournèrent les talons.

La porte se refermait tout juste quand Alison mit sont pied entre elle et le chambranle. Un gémissement de douleur monta jusqu’à ses lèvres et elle l’y arrêta, souriant à la prof qui la regardait bizarrement.

« Techniquement, on n’est pas en retard », dit-elle impulsivement.

L’autre – grande, massive même – la considéra un instant avec méfiance et hocha finalement la tête en rouvrant la porte. Lola lui donna un coup de coude en roulant des yeux alors qu’elles entraient et se glissaient rapidement à la première paire de table venue. Elles passèrent totalement inaperçu dans la masse d’élèves qui s’installaient encore.

Le cours parut rapide. L’Américaine était à la fois captivée et captivante à propos de son sujet. Son débit de parole soutenu forçait les élèves à prendre des notes concises et à rester concentrés, sous peine de rater une transition importante. Si bien que Alison en oublia totalement ce qui la préoccupait, et le répit lui fit du bien. Cassie lui jetait un regard de temps en temps, manifestement intriguée. Alison gardait intentionnellement sa vie privée de Cassie, à la fois par jeu et aussi par instinct d’auto préservation. Elle n’était pas méchante, mais sur la liste de ses priorités, sa propre personne  occupait clairement la première place. Cassie servait ses intérêts et satisfaisait ses désirs avant toute autre chose et, même si Allison ne l’avait (encore ?) jamais vu faire quoi que ce soit qui dépasse les limites, l’attitude généralement conquérante de Cassie ne laissait aucun doute là-dessus.

Pour une fois que quelque chose transparaissait, la brune curieuse voulait être aux première loges. Mais elle n’eut pas l’occasion de creuser le sujet.

Un soupir de soulagement largement perceptible se fit entendre quand la prof baissa finalement les yeux sur sa montre.

« Il est quasiment l’heure, annonça-t-elle avec un léger sourire. Je vous libère. »

Allison secoua sa main endolorie d’avoir écrit comme une acharnée pendant trois heures. Cassie la suivit comme son ombre vers la sortie, alors que Valerian et Lola traînaient en arrière, moins pressés.

« On va au Calumet ? » lança Cassie par-dessus son épaule.

En réalité, la question sonnait plutôt comme une affirmation.

« Gaël et Antoine nous rejoignent là-bas », répondit quand même Alison.

Alors qu’ils atteignaient le parvis, une sensation glacée étreignit ses entrailles. Son regard, fouillant machinalement les alentours, s’était posé sur une silhouette là-bas, à l’autre bout, derrière la foule de gens… Elle aurait pu reconnaître le visage de Greg dans n’importe quelle circonstance… Le jeune homme la fixait avec colère, et sa main faisait un geste vers elle – la désignait.

La terreur fit trembler ses mains et l’air se bloqua momentanément dans ses poumons. Elle cligna des yeux, incapable d’assimiler. Incrédule, elle plissa les yeux pour mieux voir.

Il avait disparu.

Chapitre 1

J’ai du mal à faire un découpage par chapitres, ça ne m’est jamais arrivé. Après un peu de maladresse, le rythme de la fiction sera plus assuré quand je me serai adaptée.

Bonne lecture !

*****

Les couloirs de la fac étaient déserts. Les étudiants venaient de rentrer dans leurs salles de cours, bâillant, maugréant, rigolant. Les premières années étaient les plus nombreux, les plus jeunes, les plus bruyants aussi. Mais ils venaient moins dans cette partie du bâtiment, qui intéressait surtout les troisièmes années.

C’était le premier jour des cours, tout le monde était excité et dans l’expectative. Certains retrouvaient leur camarade de l’an passé, d’autres découvraient la vie étudiante, l’immense campus, la multitude de couloirs et les milliers de jeunes gens qui transitaient toutes les heures et demie d’une salle vers une autre.

Une jeune femme à la chevelure rousse et au regard gris perçant parcourait à grands pas le couloir de l’aile C. Elle était en retard pour son premier jour, et on voyait sur son visage qu’elle n’aimait pas ça.  Ce visage était un peu tiré, un peu pâle, il laissait deviner que la nuit avait été agitée. Elle posa les yeux sur une salle, puis une autre, jusqu’à ce qu’elle trouve le numéro marqué sur son emploi du temps de rentrée. Une voix masculine plutôt forte s’en échappait, et d’après ce qu’elle comprenait elle ne devait pas avoir plus de cinq minutes de retard.

Elle poussa la porte.

Les élèves, à vue de nez une vingtaine, tournèrent les yeux vers elle comme un seul homme.  Un peu décontenancé, le professeur – assez jeune, manifestement débutant – toussota et lui indiqua un siège libre au second rang. Alison sentit ses joues chauffer légèrement en allant s’assoir. Le discours du prof reprit.

« Eh, murmura une ombre à sa gauche.

- Oh, t’es là, salut. »

Le prof jeta un regard furtif dans la direction de Cassie, qui lui répondit par un sourire innocent et enjôleur. Le visage fin et les formes de la jeune femme au corps de liane l’aidaient souvent à « se débrouiller ». Alison se mordit la joue pour ne pas sourire.

« Tu fais une drôle de tête », reprit-elle.

La rousse hocha la tête, consciente de ne pas pouvoir le nier. Le café et la clope du matin ne l’avaient pas beaucoup aidée, aujourd’hui. Vue l’expression de Cassie, qui s’encombrait rarement de la notion de discrétion – elle avait environ trois secondes pour trouver une explication simple et crédible.

« On a fait la fête hier soir ?

- Non, j’ai juste mal dormi… », tenta-t-elle.

Sa voisine eut un gloussement et secoua ses courts cheveux noirs.

Un rapide coup d’œil dans la salle de cours lui permit de repérer Lola et Valerian, un peu plus loin. La jolie métis lui fit un petit signe de tête accompagné d’un sourire, et son athlétique voisin, suivant son regard, agita la main discrètement. Valerian redoublait sa dernière année de licence, alors que ses deux camarades de l’année dernière entamaient leur master. Il l’avait mauvaise, son père lui avait passé un sacré savon. Perdre une année le dégoûtait.

Le cours passa plutôt vite. A peine le prof avait-il regardé sa montre et prononcé le mot « Bon… » que tout le monde attrapait ses affaires et repoussait sa chaise dans un vacarme enthousiaste. Alison se traîna dehors derrière l’énergique Cassie. Il s’agissait là de leur unique heure de cours de la matinée, la suivante était dans trois heures. Elles se postèrent à côté de la porte pour attendre Lola et Valerian, puis tous se dirigèrent vers la machine à café. Il y avait un contraste certain entre Cassie – qui souriait largement et avançait à grandes enjambées – et les trois autres – qui traînaient des pieds en regardant le sol.

« On devrait prévoir une soirée d’intégration, lança la grande brune en glissant une pièce dans le distributeur.

- Si tu veux un prétexte pour passer une soirée à boire, y a plus crédible qu’une soirée d’inté où tout le monde se connaîtrait », rétorqua Alison, adossée à la machine.

Sa camarade lui lança un regard aigu. Même après deux ans, Alison arrivait encore à la prendre au dépourvu en lançant des piques inattendues. Cela avait cessé il y avait un certain temps, il fallait croire que les vacances n’avaient fait que la revigorer sur ce point. Sa curiosité la picota de nouveau en observant son visage un peu fatigué. Elle était habituée à obtenir ce qu’elle voulait, ce n’était qu’une question de temps.

Alison faisait de son mieux pour éviter le regard inquisiteur de Cassie, qui faisait semblant de rien alors qu’elle prenait son gobelet dans la machine. Elle ne lui inspirait aucune hostilité, mais elle voyait bien que la superbe Cassie avait la vie facile dans la villa familiale des quartiers friqués. Elle prenait les choses pour acquises, et les challenges ne la rendaient que plus redoutables. En particulier, elle ne supportait pas d’ignorer quelque chose d’intéressant. Lui cacher les détails de sa vie intime était presque un sport – heureusement, ladite vie n’était pas si palpitante.

« C’est plutôt une bonne idée, reprit Lola avec un sourire. On t’a pas vue depuis deux mois Allie, et faire la fête fera mieux passer la rentrée.

- On peut faire ça chez moi, offrit Valerian, y a de la place.

- Hmmm… »

Les yeux de Cassie brillaient déjà. En partie parce que les rouages de son cerveau faisaient déjà une liste des possibles invités et des plans en tout genre, mais aussi parce qu’elle venait de repérer quelque chose d’intéressant par-dessus l’épaule de Lola, et qui s’approchait d’eux.

« Bonjour. Excusez-moi jeune homme mais vous êtes entre moi et mon café, malheureusement. »

Valerian eut un léger sursaut et s’écarta en se retournant. Derrière lui, un léger sourire flottant sur ses lèvres, se trouvait le très inapproprié Mr Navel, prof de Droits Sociaux. Inapproprié parce que d’une part, Cassie affirmait qu’il était mille fois trop jeune et sexy pour être prof, et d’autre part, la rumeur courait qu’il était brillant et richissime, et qu’il avait beaucoup plus à gagner en travaillant autrement que comme prof. Les plus mauvaises langues le taxaient de condescendant et de blasé, affirmant que former les jeunes esprits n’était pour lui qu’un passe-temps qu’il prenait par-dessus la jambe. Un caprice de richou. Son attitude nonchalante n’arrangeait rien, et avait même tendance à s’accentuer au fur et à mesure que les bruits de couloir enflaient sur son passage.

Dans tous les cas, la jalousie et la superficialité lui mettaient des bâtons dans les roues, et il faisait de son mieux pour l’ignorer.

Cassie affichait un sourire lumineux. Navel l’ignora et se planta devant la machine. Une lueur rusée s’alluma dans le regard de la grande brune.

« Alison tu viens ? »

L’intéressée cligna des yeux et se redressa. Les trois autres avaient déjà avancé de quelques pas et s’étaient retournés pour l’attendre. Plongée dans sa rêverie, elle ne les avait pas vus partir.

En attrapant son café prêt, le prof croisa le regard de l’élève, et, tous deux surpris, sentirent un frisson les parcourir.

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